LE MAGAZINE DE LA PETITE-BOURGOGNE /GRIFFINTOWN
Quartier industriel vibrant à la fin du XIXe siècle, la Petite-Bourgogne a hébergé plusieurs communautés culturelles au cours de son histoire dont une importante communauté noire.
À la fin du XIXe siècle, la Petite-Bourgogne héberge une population aux origines variées : majoritairement canadienne-française, elle vient aussi d’Angleterre, d’Irlande et de d’autres pays européens. Au tournant des XIXe et XXe siècles, le quartier accueille une nouvelle immigration : plusieurs travailleurs noirs y trouvent embauche et logement. De vastes campagnes de recrutement sont organisées par les compagnies ferroviaires canadiennes et ciblent les travailleurs noirs. Ils sont souvent engagés comme porteurs, un poste associé à de modestes salaires et à une position symboliquement inférieure à celle des employés blancs. Les femmes sont principalement engagées comme travailleuses domestiques. Cette communauté noire naissante est constituée d’Afro-Canadiens venus de l’Ontario et des Maritimes, d’Afro-Américains et d’immigrants antillais.
De 1920 à 1940, la communauté noire de Montréal passe de 1000 à 2000 personnes. Progressivement, ce groupe s’implante dans le quartier et y fonde plusieurs organisations et institutions au début du XXe siècle. Le Coloured Women’s Club of Montreal (1902) est organisé par des femmes noires de la Petite-Bourgogne afin d’aider les plus démunis du secteur. Ce groupe contribue aussi à fonder, en 1907, la Union Congregational Church, plus tard connue sous le nom de Union United Church. C’est la première église noire de Montréal, toujours en activité en 2018. Charles Este en sera le dynamique révérend pendant plus de 40 ans à partir de 1925. Le bâtiment abritera aussi plusieurs activités du Negro Community Centre (1927).
Le jazz s’invite dans la Petite-Bourgogne
Durant cette période, les nombreux musiciens américains de passage à Montréal apportent la musique jazz. À proximité de la Petite-Bourgogne, trois clubs présentent des musiciens noirs devant une clientèle majoritairement blanche : le Terminal, le Café Saint-Michel et le Rockhead’s Paradise.
Les organisations liées à la communauté noire favorisent l’épanouissement de la musique dans la Petite-Bourgogne. Le Negro Community Centre a longtemps organisé des activités culturelles, telles que des cours de danse et des performances musicales, tandis que des légendes du jazz ont débuté à la Union United Church. C’est dans cette église que les jeunes Oscar Peterson et Oliver Jones font leurs débuts au piano.
Né à la frontière des quartiers Saint-Henri et Petite-Bourgogne, en 1925, Oscar Peterson est issu d’une famille anglophone originaire des Antilles. Jeune pianiste prodige, le jazzman montréalais connait une carrière florissante : il crée des œuvres phares, se produit à travers le monde, enregistre plus de 130 albums et se consacre aussi à l’enseignement. Son parcours est parsemé de nombreux honneurs et prix. Un parc de l’arrondissement du Sud-Ouest et une salle de concert de l’Université Concordia portent son nom. Et le Festival international de Jazz de Montréal décerne annuellement le prix Oscar Peterson.
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