LE MAGAZINE DE LA PETITE-BOURGOGNE /GRIFFINTOWN
Après quelques semaines d’échange de courriels et de messages, l’entrevue aurait finalement lieu au même café où je l’avais croisé (disons plutôt «abruptement interpellé»), juste à temps pour la première parution. C’est donc en ce lundi après-midi pluvieux de juillet que je l’attends au September Surf Café, rue Notre-Dame, au son de la pluie qui martèle le toit de la terrasse arrière. Marc Bergevin a toutefois pris soin de faire annoncer son retard, étant pris dans un bouchon sur le pont Champlain car, fait important à noter, ce dernier se fait un point d’honneur de ne jamais être en retard à un rendez-vous. Tout comme son père, il considère un retard délibéré comme un manque total de respect envers son interlocuteur.
Quelques photos plus tard, notre entretien s’amorce sur ses origines dans le quartier et bien que plus de 28 ans se soient écoulées depuis son départ de Pointe-Saint-Charles, Marc Bergevin se retrouve aujourd’hui à vivre à un jet de pierre des rues qu’il sillonnait à livrer les exemplaires de la Voix Populaire avec sa «wagine de bois à poignée de métal». Même les vibrations de dynamitage de la construction de la station de métro Charlevoix résonnant dans la maison sont encore fraîches à sa mémoire.
Né d’un père autoritaire, pompier à la caserne Saint-Henri et d’une mère de qui il tient son sens de l’humour, Marc, le plus jeune d’une famille de cinq, n’en aura que pour le hockey et c’est tant mieux car à l’époque, la Pointe était considérée comme un endroit plus « tough » que la moyenne. Nulle question surtout de s’aventurer au-delà de la rue Des Seigneurs (considéré comme le centre-ville) ou du côté des Irlandais (Griffintown) par risque de perdition ou de représailles !
C’est plutôt aux côtés de Mario Lemieux, de Jean-Jacques Daigneault et de Gilles Meloche que Marc gravira tous les échelons du hockey mineur dans le Sud-Ouest et ce, non pas par son immense talent, mais grâce à sa passion et à une ténacité des plus redoutables.
En quittant Montréal pour Chicoutimi dès l’âge de 16 ans, il ne peut s’imaginer qu’il fera une carrière de plus de 20 ans dans la LNH : « J’ai eu de la chance », me dit-il sans aucune fausse modestie. « Disons que j’ai été à la bonne place, au bon moment. » Vraiment ? Mais est-ce qu’on n’est pas l’artisan de sa propre chance ? « Oui et ce qui a fait la différence dans mon cas, c’est que j’étais dédié à mon sport et que j’avais une discipline d’acier : à l’époque où aucun joueur ne s’entraînait, moi, une fois la saison terminée, je m’accordais une semaine de congé et je reprenais ensuite l’entraînement pendant tout l’été. Ça paraît quand tu arrives à 33-35 ans et que les jeunes joueurs te poussent à te dépasser... »
« Dans tout ce que j’ai fait, je n’ai jamais rien pris pour acquis. Jamais. »
Cette rigueur disciplinaire et une profonde authenticité font partie intégrante de Marc Bergevin, tant dans sa vie privée que sur la glace. Malgré que son quotidien ait changé, un beau matin de mai 2012, à l’annonce de sa nomination à titre de directeur général des Canadiens de Montréal, il reste le même et refuse de monter sur quelque piédestal qu’on souhaite lui dresser.
Toutefois, l’homme reconnaît qu’il représente, en toutes circonstances et à tout moment, le Club Canadien et qu’avec un tel statut public, vient une certaine responsabilité sociale. «Je ne compromettrais jamais mon intégrité ou celle du Club et mes actions se doivent de parler plus fort que mes paroles.»
Mais comment arrive-t-on alors à imposer un style de gestion basé sur le respect des autres, du Club et de l’autorité face à une bande de jeunes stars adulées du public et glorifiées par les médias et les commanditaires?
«Rares sont les compagnies où les employés gagnent plus cher que leur patron. Ça, c’est la réalité du sport professionnel. Qu’on le veuille ou non, le respect ne se commande pas mais s’impose de lui-même. Il revient à Claude (Julien, l’entraîneur) et moi d’y veiller, mais le fait que je peux témoigner d’un parcours de plus de 20 ans dans le hockey aide à la communication. On parle le même langage. Mais ce respect doit aussi aller dans les deux sens.»
Il résume d’ailleurs son approche de direction par l’adaptation de la célèbre phrase de John F. Kennedy: «Ne demandez pas ce que le Club peut faire pour vous, mais ce que vous pouvez faire pour le Club!»
«J’ai toujours dit que le logo à l’avant du chandail est plus important que le nom écrit à l’arrière.»
Justement, quelle est la qualité ou la caractéristique qui l’impressionne le plus chez une personne? Il me répond tout de go: «La simplicité, la sincérité, être authentique et de ne pas chercher à impressionner.» Et un trait de caractère qui l’horripile? «L’arrogance! Je le répète sans cesse aux joueurs: Soyez humbles, soyez respectueux». Hum, Marc Bergevin a vraiment choisi le domaine idéal pour mettre en application sa philosophie de vie...
Arrivés à la question du « côté givré » de Marc, les rôles sont soudainement renversés et c’est maintenant lui qui me demande la réponse! Je m’aventure, sur la pointe des pieds, et je vise dans le mille: sous cette immense armure d’intégrité et de rigueur se cache une grande sensibilité qui, à certains égards, comme le sort des enfants malades ou maltraités, peut le submerger totalement.
Même malgré sa notoriété et le fait que Marc se promène beaucoup à pied dans le quartier, la majorité des gens sont respectueux de son intimité. Justement, comment décrirait-il « un bon voisin » ? « C’est quelqu’un qui est toujours prêt à aider, qui est présent mais sans s’imposer. Comme ceux que j’ai en ce moment ! »
Et quant à son choix de revenir vivre dans le quartier? «Y’a pas de meilleur endroit à Montréal ! Je suis sur le bord du Canal, à 5 minutes du Centre Bell, à 10 minutes de Brossard (centre d’entraînement) et à 15 minutes de l’aéroport. De plus, je marche beaucoup et j’adore la variété des restos du quartier: Le Bon Vivant, le Richmond, Grinder, Gepetto, Joe Beef, Dilallo...
... Je ne resterais pas ailleurs à Montréal!» dixit le fan fini du quartier!
Crédit photo: FRANCIS DI SALVIO, F6 FOTO
Copyright © 2018 La Griffe - All Rights Reserved.